Il y a quelques semaines est sorti en librairie « Gérer l’inévitable – repères face à la dérive climatique », aux éditions de l’Aube et Terre à terres. Cet essai, que j’ai co-écrit avec Antoine Poincaré et qui a reçu, jusqu’ici, des retours enthousiastes de la part de la presse et de chercheurs spécialisés, s’attaque à la question épineuse de l’adaptation au changement climatique.
Dans ce livre, nous défendons plusieurs convictions. En voici 5 issues de la première partie du livre, pour vous donner un aperçu de celui-ci, sans en révéler ici l’essentiel :
1. Le dérèglement climatique n’est plus seulement un enjeu prospectif. S’il s’agit évidemment de se préparer au climat de demain, l’enjeu, de plus en plus, est aussi d’apprendre à faire face à celui d’aujourd’hui. Gare, dès lors, à ne pas se faire d’illusions sur la temporalité des impacts : si l’horizon de 2050, souvent cité en référence, est une boussole clef (d’autant plus que bon nombre d’investissements d’aujourd’hui conditionneront nos vies dans vingt-cinq ans), de même que celui de 2100 (l’horizon de l’Accord de Paris), l’enjeu de l’adaptation se pose aussi dès à présent, ici et maintenant. En réalité, tout indique que nous ne sommes même pas adaptés au climat d’aujourd’hui : celui-ci a déjà beaucoup évolué, l’Europe se réchauffant deux fois plus vite que le reste du monde. D’ici quatre ans, la France devrait déjà atteindre les + 2 °C.
2. La réalité du dérèglement climatique ne se résumera pas à des crises aiguës – ces événements marquants qui font de plus en plus souvent la Une de l’actualité : inondations majeures, incendies historiques, grandes sécheresses, vagues de chaleur inédites par exemple pour leur précocité. Bien d’autres événements, certains plus continus, d’autres plus discrets, ne feront pas la une des médias, n’occuperont pas les conversations nationales et auront pourtant bel et bien lieu, chaque année un peu plus en moyenne, avec des impacts parfois massifs, localement mais aussi nationalement. En réalité, ce à quoi nous devons nous préparer n’est pas un « grand soir » du changement climatique, mais bien une « dérive climatique » qui ne cessera de s’accentuer. « Ce ne sera pas un bang, mais un long gémissement », pour reprendre la formule, un brin pessimiste mais sans doute clairvoyante, du philosophe Jean-Pierre Dupuy.
3. Plus qu’une entrée dans l’inconnu, le dérèglement climatique marque des entrées successives dans l’inconnu, de façon continue au fil du temps, et sur tous les fronts. Il s’agit d’abord de bien comprendre pourquoi, avant même de chercher à s’y adapter. C’est ce que nous présentons en partie 1 de notre ouvrage.
4. A bien des égards, et à la grande différence de l’enjeu de la décarbonation, l’adaptation au changement climatique reste encore un impensé, d’un point de vue politique, économique, médiatique. Il n’existe par exemple pas (encore ?) de Jean-Marc Jancovici de l’adaptation qui porterait le sujet à bras le corps, capable de mobiliser massivement autour de cette cause ; ni d’équivalent du « Monde sans fin », sa BD sur la transition énergétique vendue à plus d’un million d’exemplaires et qui avait été en 2022 le livre le plus vendu en France, toute catégorie confondue.
5. Il va nous falloir accepter que certains services s’arrêtent sous certaines conditions climatiques. Est-il nécessaire de pouvoir se faire livrer un repas ou des courses en 30 minutes quand il fait 45°C dehors ? Doit-on, et simplement peut-on, assurer 100% de la circulation des trains quand les températures dépassent 35°C ? Les écoles doivent-elles toutes pouvoir ouvrir lors de vagues de chaleur ? Dans bien des cas, il faudra faire des choix. Vivre avec des « interruptions de services » sera sans doute l’une des nouvelles règles du jeu de la dérive climatique. Dans ce nouveau contexte, l’un des enjeux sera de définir collectivement le niveau de protection que l’on souhaite atteindre. Pour ne prendre qu’un exemple parmi d’autres : quelle route, jugée d’importance capitale pour un territoire, devra être protégée à tout prix ? Quelle route devra être déplacée ? Et pour lesquelles accepterons-nous qu’elles soient inondées, et donc coupées, une ou plusieurs fois par an ? La dérive climatique nous force à nous poser des questions inédites sur des habitudes que nous tenions pour acquises.
Dans les parties 2 et 3 de notre livre, nous défendons l’idée, qui n’est pas forcément intuitive, que toute adaptation n’est pas bonne à prendre, ce qui nous conduit à expliquer pourquoi il est essentiel d’assumer la dimension politique du sujet – ce que nous illustrons avec trois cas concrets. Enfin, en nous fondant notamment sur des travaux de sciences humaines et sociales, nous présentons dix convictions pour guider les stratégies d’adaptation, sous la forme de dix courts chapitres, qui forment le cœur de l’ouvrage.
Pour ne pas dépasser les 230 pages, il nous a fallu faire des choix lors de l’écriture. Dans cet article, je vous propose une sélection de ce que nous n’avons pas pu garder, mais qui nous mérite tout de même l’attention : dix observations, évolutions, réflexions que nous voyons comme dix potentiels signaux faibles liés au dérèglement climatique et à l’adaptation.
NB : par précaution, je préfère prévenir en amont que le 10e signal faible, présenté en deuxième partie, assez choquant, peut être difficile à découvrir émotionnellement pour certaines personnes.
1/ Verra-t-on l’émergence de Gilets jaunes de l’eau ?
C’est la question que posait Manon Loisel, consultante-chercheuse en politiques publiques territoriales, en décembre 2022 dans une tribune dans Alternatives Economiques. Cette année-là, la France connut une sécheresse exceptionnelle, probablement la plus sévère depuis au moins un demi-siècle.
Ce texte, dans lequel Manon Loisel écrivait que « trois sujets pourraient faire émerger des « gilets jaunes de l’eau » », conserve sa pertinence aujourd’hui. En voici une synthèse à partir de morceaux choisis.
« Première source possible de conflits : la vulnérabilité des personnes qui conjuguent petits moyens financiers et grands besoins en eau, dans un contexte probable de future hausse des prix.
Les gilets jaunes nous ont appris que pour toute nouvelle taxe, nouvel impôt, nouvelle règlementation, il est nécessaire de prendre en compte la variété des situations sociales des personnes touchées en intégrant leurs contraintes du quotidien.
La taxe carbone a mis les gilets jaunes en difficulté sur le plan budgétaire sans proposer de solution à leur dépendance à la voiture au quotidien. (…) C’est la même chose avec l’eau : les tarifs vont sans doute être amenés à augmenter. Toutes les collectivités voient leurs coûts de fonctionnement exploser. (…) A terme, il est difficile d’exclure le scénario d’une hausse des tarifs pour l’usager.
Or nous ne sommes pas tous égaux face aux besoins. Certains usagers cumulent petits moyens et grandes contraintes d’usages : personnes assignées à résidence (notamment les plus âgées) qui restent dans leur logement en période de canicule, personnes dont les logements sont mal isolés été comme hiver (pour qui la douche chaude ou froide devient un besoin vital), personnes qui vivent dans des quartiers denses mal pourvus en espaces verts, familles nombreuses modestes, personnes atteintes de troubles physiques ou psychiques pour qui l’eau est un moyen d’apaiser la douleur, etc.
(…) La réflexion sur l’évolution des modèles de tarification ne pourra pas se limiter à la réflexion sur la tarification sociale indexée sur les revenus. Il faudra prendre en compte les vulnérabilités multiples des habitants pour ne pas créer une bombe à retardement sociale.
Deuxième sujet de conflits : les inégalités d’accès au rafraîchissement. Elles deviennent en effet un terrain de bataille entre citoyens à mesure que les températures augmentent.
L’été 2022 l’a confirmé. A Limoges, à Saint-Germain-en-Laye, ou près de Toulouse, des militants se sont introduits dans des golfs pour en boucher les trous afin de protester contre l’arrosage des parcours en période de sécheresse. Ailleurs, de nombreuses critiques à l’encontre des propriétaires de piscines privées ont été formulées (alors que la demande de piscines neuves n’a jamais été aussi forte).
Ces évènements soulignent deux phénomènes : d’abord, à mesure que les températures augmentent l’été, l’accès à l’eau-rafraîchissement passe d’une question de confort à un enjeu vital ; ensuite, les tensions relatives aux usages « légitimes » de l’eau s’accentuent entre les citoyens.
Pour les élus locaux, la question est loin d’être anecdotique et pose un double défi.
Il leur faudra, d’une part, faire en sorte qu’aucun territoire ne soit laissé-pour-compte. Dans beaucoup de métropoles, les habitants des quartiers populaires ont peu accès à de l’eau pour se rafraîchir en période de canicule. La multiplication des pratiques de « street-pooling » (ouverture illégale des bouches d’incendies) cet été (2022) dans de nombreux quartiers populaires de Lyon, Grenoble ou Rennes en est la preuve.
D’autre part, il s’agira à l’échelle locale de proposer des espaces de dialogue pour permettre de débattre collectivement des usages jugés (il)légitimes de l’eau en période de tension sur la ressource.
Troisième problème : la difficulté d’aborder le partage de la ressource, notamment avec les agriculteurs. Dans l’actualité, la responsabilité des agriculteurs émerge de plus en plus. Mais dans beaucoup d’autres territoires, la responsabilité des agriculteurs est un impensé (les habitants connaissent mal les ordres de grandeur de la consommation d’eau, les métropolitains connaissent mal les interdépendances avec les territoires voisins) ou un sujet tabou (les habitants refusent en bloc de pointer les agriculteurs du doigt de peur de les stigmatiser).
(…) Le stress hydrique va continuer de produire des tensions sociales dans les années à venir. Nous ne pouvons plus nous permettre d’y réfléchir uniquement pendant les périodes de sécheresse sur le registre de la gestion de crise. Il faut changer notre rapport à la ressource en eau pour faire de sa raréfaction une problématique
(…) Les collectivités locales pourraient entreprendre un travail pour mieux comprendre la consommation d’eau des agriculteurs locaux, en s’appuyant sur la notion de rendement. De quoi distinguer grosse consommation d’eau et gros gâchis. Un mètre cube d’eau finance la production de 1 euro de maïs et de 15 euros de produits du maraîchage.
Sur la base de cette meilleure compréhension des pratiques agricoles locales, les collectivités pourraient organiser des délibérations collectives sur les règles de partage de l’eau, sur le mode d’une COP locale par exemple. Cela permettrait de mieux comprendre les interdépendances entre les territoires et de définir des objectifs communs (mais différenciés) entre tous les acteurs : quels sont les efforts à faire par les agriculteurs ? Par les acteurs industriels (dont l’industrie touristique) ? Par les acteurs publics ? Et par les habitants ? »
2/ Les forages domestiques, une question politique en devenir face au manque d’eau ?
Selon une estimation de France Stratégie d’avril 2024, près de 9 % des maisons individuelles en France disposeraient d’un forage domestique…or seulement 1 forage domestique sur 50 serait déclaré. La loi prévoit pourtant que tous les forages soient systématiquement déclarés en mairie.
La pratique du forage domestique est en expansion, “probablement liée aux arrêtés sécheresse de plus en plus fréquents” estime France Stratégie. L’organisme estime en effet que “le forage domestique permettrait, pour certains, de contourner les interdictions de différents usages (interdictions d’arrosage, de remplissage de piscine ou de lavage de voiture).”
“L’eau prélevée à travers les forages domestiques est estimée à 200 millions de m3 par an, soit un supplément moyen de 5 % par rapport au volume d’eau potable prélevée pour l’usage domestique.
Ces prélèvements sont susceptibles d’exercer une pression importante dans plusieurs zones à certaines périodes de l’année, et d’autant plus contribuer à des situations de déséquilibre qu’ils sont concentrés entre les mois de juin et d’août et dans le sud de la France.”
Dans deux des trois scénarios envisagés dans sa prospective de la demande en eau à l’horizon 2050, France Stratégie émet l’hypothèse que le nombre de forages domestiques augmentera de 10 % par décennie. L’organisme préconise des contrôles renforcés.
Hypothèse : et si le plausible renforcement à venir de ces contrôles n’était pas bien accepté par une partie de la population ? La question se pose face à la proportion massive de la non-déclaration. Dans cette hypothétique contestation, pourraient se rejoindre des citoyens de bords politiques très divers (« écologistes des champs », tendance libertaires ; conservateurs ; « antisystème » ; …) pour former une alliance hétéroclite. De quoi, là aussi, former de potentiels “Gilets jaunes de l’eau”.
3/ L’interdiction de construction en raison du risque de manque d’eau : un début de mouvement qui devrait s’amplifier.
5 exemples ici (sites industriels, datacenters, habitations, piscines…) :
1/ Le tribunal de Dijon a considéré en novembre 2025 qu’un maire peut refuser la construction d’un mégapoulailler en raison des prévisions de baisse de la ressource en eau sur son territoire.
Commentaire d’Arnaud Gossement, avocat spécialisé en droit de l’environnement : « C’estinédit. Pour la première fois, le juge considère qu’il n’est pas seulement important de regarder les données hydriques actuelles, mais qu’il faut aussi prendre en compte les projections futures au regard du changement climatique. ». (Source et précisions : Reporterre).
2/ Le groupe agroalimentaire breton Le Duff a annoncé en mai 2023 renoncer à son projet d’usine de boulangerie à Liffré, à proximité de Rennes. Les recours en justice ont eu raison de sa construction. Ses opposants dénonçaient la trop grande consommation en eau potable d’une telle infrastructure, en particulier en période desécheresse, et rejetaient l’argument de la création d’emplois sur un territoire déjà en plein emploi, qui peine à recruter dans le secteur. (Source et précisions : Novethic).
3/ En janvier 2025, Lleida est devenue la première ville espagnole à interdire les centres de données. La municipalité a déclaré que ces derniers ne créent pas suffisamment d’emplois qualifiés et consomment trop d’énergie et d’eau. Ailleurs en Espagne, le projet de Meta de construire un centre de données de 1,1 milliard de dollars dans la région de Tolède a suscité de vives critiques. L’installation devrait consommer plus de 600 millions de litres d’eau dans une zone menacée par la sécheresse. (Source)
4/ Face à la sécheresse et à la raréfaction des ressources en eau, certaines communes interdisent la construction de nouvelles piscines individuelles. C’est le cas pour neuf communes du Var qui ont choisi de geler les permis, au moins jusqu’en 2028.
Mais les restrictions ne se limitent pas au sud de la France : en 2025, Rennes est devenue “la première ville française à limiter drastiquement la taille des piscines privées” (source). La Bretagne fait en effet désormais face à des épisodes de sécheresse plus fréquents, alors qu’elle est bien plus vulnérable que le reste du pays sur la ressource en eau, pour des raisons géologiques, comme nous l’expliquons dans notre livre (dans le chapitre “Se méfier de l’idée de refuges climatiques”).
Au-delà de la seule ville, c’est toute la métropole de Rennes, et ses 42 communes, qui ont banni la construction de piscines privées excédant 25 m³ (environ 6 mètres par 3 mètres). La métropole impose désormais aussi un système de couverture pour limiter l’évaporation, et un dispositif de récupération d’eau de pluie avec filtration pour la remise à niveau en eau.
Les fabricants et installateurs ont manifesté leur mécontentement : « C’est une décision politique, pas écologique. Notre profession est responsable et elle essaie d’avoir le plus petit impact environnemental possible ». (Source)
D’après les estimations, la métropole rennaise compte entre 2 000 et 3 000 piscines privées, et la moitié des projets en cours concernait des piscines supérieures à la capacité désormais maximale autorisée.
5/ Comment accueillir de nouveaux habitants quand une commune manque d’eau ? Neuf communes du Var (les mêmes que celles mentionnées plus haut), sur lesquelles vivent près de 30 000 personnes, ont décidé en 2023 de geler toutes les demandes de permis de construire pour les cinq prochaines années. La décision a été prise après de nombreuses restrictions d’eau suite à de fortes sécheresses.
« Aujourd’hui, on a déjà du mal à assurer l’approvisionnement en eau de ceux qui sont déjà là. Laisser s’installer de nouveaux habitants, démultiplier l’urbanisation, ce ne serait ni audible, ni responsable », explique l’un des maires. (Source)
De même, en 2024, après deux années de sécheresse historique, la préfecture des Alpes-Maritimes a décidé d’empêcher les maires d’accorder de nouveaux permis de construire si un risque de pénurie d’eau est avéré. Concrètement, l’État rend désormais systématiquement son avis sur les projets d’urbanisme des communes ; pour obtenir un permis de construire dans les Alpes-Maritimes, il faut désormais donner la preuve que l’on dispose d’un accès à l’eau permanent. (Source)
A noter que le Conseil d’Etat a confirmé en décembre 2025 que l’insuffisance de la ressource en eau peut justifier le refus d’un permis de construire, pour une raison de salubrité publique.
4/ Quand le report national du brevet des collèges en raison d’une canicule est contesté dans des régions moins touchées par la chaleur…
C’est ce qui s’est passé en Normandie en 2019. Explications ci-dessous par Paris-Normandie, dans un article paru en juin cette année-là :
« Un afflux inédit et ininterrompu depuis mardi 25 juin 2019. Invités à s’exprimer sur les réseaux sociaux par Paris-Normandie, de nombreux parents ont inondé la messagerie de votre quotidien, témoignant des désagréments occasionnés par le report du brevet des collèges. Qu’il s’agisse de vacances déjà réservées, d’actes médicaux programmés, ou tout simplement d’incompréhension face à une décision jugée excessive ».
« Si la Normandie profite de conditions climatiques plus clémentes, le statut d’examen national du brevet impose d’appliquer les mêmes règles et le même calendrier à l’ensemble du territoire français ».
Pour plusieurs parents d’élèves, ce report n’est pas justifié :
- « Je pense que l’on est dans l’excès. Il suffisait simplement de fournir de l’eau et changer de salle, en installant les élèves dans celles exposées au nord par exemple. »
- « C’est aberrant. La chaleur sera supportable, c’est l’été. Pourquoi mettre la France en panique ? Il suffit de proposer à boire afin de s’hydrater correctement, de mettre des ventilateurs dans les classes et fermer les stores ».
- « N’aurait-il pas été plus sage de donner des consignes aux établissements et de recenser ceux qui rencontraient des difficultés et de les aider en débloquant des budgets pour acheter des ventilateurs ou des climatiseurs portables ? »
Qu’en sera-t-il demain si ces épisodes sont amenés à se multiplier ?
5/ Au Portugal, la prise de conscience soudaine de la fragilité des routes face au dérèglement climatique. En France, celle-ci se fait encore attendre.
Le 12 février dernier, on pouvait lire ceci dans un article du Monde : « Le gouvernement portugais a ordonné une évaluation des principales infrastructures routières et ferroviaires après les tempêtes successives ayant frappé le pays, qui ont provoqué mercredi l’effondrement partiel d’un tronçon sur la principale autoroute du pays reliant Lisbonne à Porto.
Le Portugal est frappé depuis plus de deux semaines par des précipitations exceptionnelles, après des intempéries meurtrières ayant causé d’importants dégâts.
La péninsule ibérique est en première ligne du dérèglement climatique en Europe. « Rien que ces deux jours, les précipitations équivalent à 20 % de la moyenne des précipitations du Portugal pour une année entière » a souligné la ministre de l’environnement. »
Et en France ? Lors d’un webinaire récent, organisé par la startup Callendar, Pierre Monlucq, président de la Commission Prospective de Routes de France, indiquait ce chiffre frappant : « Sur les 1.1 million de km de routes (sans compter les chemins ruraux) que compte la France, il y a 700 000 km dont on ne connait pas l’état. Plus de la moitié de notre patrimoine routier n’est pas diagnostiqué ».
Selon lui, cette situation est probablement « plus due à la peur du résultat qu’à la peur d’engager de la dépense – c’est en tout cas mon sentiment. Il y a des signes avant coureurs qui permettraient de dépenser beaucoup moins si on s’y prenait sans attendre. »
Il explique : « Il y a encore peu le réflexe de l’entretien préventif des routes. C’est vraiment une question de priorisation. Depuis longtemps on fait de l’entretien curatif, après coup, alors qu’on aurait pu refaire seulement une partie de la route en agissant en préventif. L’entretien préventif n’est pas priorisé aujourd’hui dans les budgets. »
Découvrez en partie 2 cinq autres signaux faibles :
- Un nouveau mot, emblématique des nouvelles pratiques de l’adaptation
- Vers une chute de la rentabilité des terres agricoles françaises ?
- L’apprentissage de la nage au plus grand nombre, un nouvel enjeu d’adaptation
- Le transport maritime par l’Arctique commence à prendre forme (mais des limites demeurent)
- Aux Etats-Unis, une nouvelle épidémie s’annonce, pourtant encore méconnue
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